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Sapphic Lovers

Documenter les amours saphiques pour garder trace de nos existences. C’est avec cet objectif que ce projet en cours représente la diversité des couples lesbiens et saphiques, par la rencontre de presque cinquante d’entre-eux.

Ces romances n’ont ni modèle, ni norme (elles ne concernent pas que des personnes jeunes, blanches, cisgenres, valides etc...), elles sont plurielles et singulières et se déploient dans tous les espaces, dans les villes comme dans les campagnes. Il s'agit particulièrement de visibiliser les couples loin des grandes villes, où il est parfois plus difficile de se rencontrer et de s'identifier comme appartenant à une communauté. De photographier l'intime, dans la sphère du privée, mais aussi la présence de ces couples dans l'espace public (lors de manifestations lesbiennes par exemple).

 

Le but de ce projet est de créer de l’archive, par un regard concerné, et de garder une trace de ces amours qui existent dans une société où l’hétérosexualité est sur-représentée. Les entretiens avec chacun des couples sont complémentaires au travail photo, afin que le projet dans son ensemble incarne leurs histoires et leurs identités.

 

Ce projet est soutenu financièrement par la LIG (Fonds de dotation féministe et lesbien).

Sapphic Lovers a fait l’objet d’un article pour le média Konbini.

Jules et moi, ensemble depuis un an et demi

Normandie, juillet 2022 Sapphic Lovers © Léa Michaëlis

"Le jardin, c’est l’idée qu’on a un amour l’une pour l’autre qui est extrêmement puissant, qui prend racine en nous et se déploie. Au début, j’avais plutôt en tête l’image d’un arbre, et en fait il s’est avéré très rapidement qu’un arbre n’était pas suffisant et que finalement je vois plus les sentiments que j’ai pour toi, comme un immense jardin - avec énormément de couleurs, d’odeurs, d’air… Et que ce jardin ne fait que s'agrandir et se déployer. C’est comme un printemps, un grand printemps." Jules

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Viviane (72 ans) et Sabine (60 ans), en couple depuis trente et un ans
 Istres, avril 2022 Sapphic Lovers © Léa Michaëlis

"À l'époque, quand on se rencontre, j’ai 41 ans et Sabine 28 ans. Ce n’est absolument pas le coup de foudre ce soir-là. J’ai d’abord vu une fille quelconque ! Mais elle, elle avait tout prévu, elle avait tout dans son cigare, tout dans sa tête ! (rires) Je la voyais, en bout de table à raconter des blagues, elle ne faisait que de me regarder. Je la trouvais sympathique mais sans plus. Je n'ai jamais été attirée par les femmes, je n’aime pas les femmes, sincèrement. Mais c’est elle. C’est profond même, comment c’est elle." Viviane

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Marine (29 ans) et Julie (32 ans), en couple depuis quelques mois

Montrouge, novembre 2022 Sapphic Lovers © Léa Michaëlis

"Même si ce n’est pas quelque chose qui me coûte, la chose la plus importante que j’aurais fait pour elle, c’est le fait d’accepter qu’elle ait des enfants. Ça ne me pose pas de souci, je m’entends très bien avec eux, et j’ai déjà été dans cette situation-là, donc j’arrive à me projeter. Mais le fait d’être avec quelqu’un qui a des enfants crée un tas de situations complexes, c’est-à-dire que se mettre avec quelqu’un qui n’a pas d’enfants, c’est comme une page blanche pour un couple. Il est plus facile d’avoir des projets et d’en être maîtres (vivre ensemble, changer de travail, partir en vacances). Être avec une personne qui a des enfants, c’est une réflexion et des choix qui sont plus compliqués et parfois impossibles." Marine

"Je sais qu’elle fait quelque chose qui est un peu dérangeant pour moi, et je ne sais pas si j’aurais été capable de le faire pour elle : de vivre avec quelqu’un qui a des enfants. Je l’ai déjà fait, je n’avais pas du tout aimé cette situation et je m’étais dit plus jamais. (...) Donc j’ai conscience de tout ce que ça implique de sa part." Julie

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Aube (27 ans) et Suzanne (27 ans), en couple depuis six ans
 Marseille, novembre 2022 Sapphic Lovers © Léa Michaëlis

"À propos de mon coming-in, je m’en suis rendu compte plus ou moins quand j’étais en troisième. J’avais une prof de sport qui était le stéréotype de la butch. La prof de sport baraque, cheveux courts blonds décolorés avec du gel. J’avais 15 ans et ce n’était pas une attirance physique que je ressentais pour elle, mais durant des mois je l’observais et me disais que c’était vraiment particulier et bizarre comme sensation. Je sentais qu’il y avait un truc, une connivence, une sorte de lien invisible entre nous. Quand j’ai compris qu’elle était lesbienne, j’ai plongé dans la culture gay. Je me suis mise à lire Têtu et à regarder The L Word. C’était un monde avec plein de représentations qui s’ouvrait à moi." Aube

"La question du lesbianisme vient quand même s’entrechoquer à l’hétérosexualité très féminine et la perturber. Le lesbianisme vient flouter les frontières de la féminité et de la masculinité car il est hors des cases hétéronormatives. Du coup, c’est toujours important pour moi de revendiquer cette identité fem, même si l’ultra féminité me questionne encore énormément. Jusqu'où notre regard est-il influencé par le "male gaze" ? Jusqu’où existe-t-on en tant qu’être sexuel au sein de la société ? Jusqu’où le fait de se dire "fem" est-il émancipateur ? S’affirmer dans sa sexualité, sa libido, oui c’est hyper important." Anna

 

"Jusqu’où tu joues des codes qui sont littéralement ceux que l’on attend de la lesbienne ultra binaire, de la butch ou de la fem ?" Charlotte